Ech'l'arnard, chelle garnoule et pis ch' fouan

 

Ech'l'arnard, chelle garnoule et pis ch' fouan

Adon, par in bieau jour èd' printemps qui faijouait déjèowe bièowe et qu'èl' solé i vénouait jusse d'és' rinviller intre deux pitits nuages qui s' demandouatent é-d'ailleurs cho qu'is faijouatent é-lèowe pache qu'is n'étouatent èqu' dèwe dins l' ciel blèwe, in arnard i s'aouait déjouqué d'ès' tanière pour cacher à minger.

Cha faijouait plusieurs jours qu'ès'n'estomac i groulouait sans arrêt pache qu'i n'aouait rién trouvèïe à s' mette intre ses deux maquoires. Min.me pont in méquant lémuchèonwe (pache qu'in arnard cha saouait pétête minger des lémuchèonwes quand qu' cha n'o rién d'autre à mier !).

Ech'l'arnard, i bale in côwe à s'in déhoquer ses maquoires, i s'étire les deux pattes èd' devant, pis les deux pattes èd' darrière, i met sin capièowe d' solé et i s'in vo tout in sifflant in.ne canchon d' Carlos qu'a s'appelle "Ej' préfère minger à la cantine…" Intre nous, cha n'est pont malin.ye d' canter in.ne canchon parèle, vu qu' cha allouait core li faire tirer plusse ès'n'estomac. Mais en fin.ye…

Ech'l'arnard, i arniffe èd' tous les côtèïes pour cacher in yèfe, in lapin.ye, ou bièn in ougèowe crévèïe, min.me, … mais rién à faire ! I n'y aouait, dins sin trèle, rién à minger !

J' peux quand min.me pont m'in aller d'èll' régièonwe, qu'i s' dit in li-min.me, vu qu' cha fait pus d' chinque génératièonwes d'arnards qu'os sommes installèïes dins l' min.me trèle. Mais, quand qu'on o bién faim.ye, on peut déroger in pèwe, anon ?

Sitôt pinsèïe, sitôt fait : èch'l'arnard i s'artreuve à pus d’ quinze kilomètes d’ès’ tannière et quoué qui vouait d'vant li, au bord d'in flot ? In.ne tite é-garnoule verte qu'a s'f aijouait bizir sin vinte au solé. Rénom des noms, v'lo nou arnard qu'ès' langue alle queuminche à pinde et qu'ès' salife alle rimplit s' bouque.

Après toute, qu'i s' dit, in.ne garnoule cha n' douait pont ête méquant à minger, vu qu' ches hon.mes is in ming'tent é-bién aveuc èd'lal et pis du parsil…

Mais falouait imploïer in.ne bonne é-tactique pache qu'in.ne garnoule, cha saute dins l'ièowe et in arnard, cha n'o pont fort quère du tout à s' fraiquir. Et i s'avanche sus chelle bête à z’arsorts, in rasant l' plusse possipe èch'l'herpe, et tout d'in côwe, i saute èd'sus…

Chelle garnoule, a s’artourne d’in bond sus ses pattes et a s’ sauve à travers ches pâtures, in sautant, in côwe à droite, in côwe à gauche, pour amatir ès’n’adversaire… Mais, ch’est qu’in arnard cha queurt vite et qu’chelle garnoule, a s’ sintouait bétôt rattrapèïe.. A s’o mis à crier : « Au s’cours ! Au s’cours ! »

A ch’ moméint-lèowe, i y o in fouan, tout noir (ch’étouait in Africain.ye) qui passouait justeméint sin nez in hiaut d’ès’ muterne et qui vouait ch’ drame, anon !

I l’appelle tout d’ suite : « Viéns par ichi, viéns t’insaquer dins m’muterne ! Lo, i n’vo pont t’aouoir i » Chelle garnoule, à s’infourne dins chelle muterne, et alle rinte dins ches galeries aveuc èch’ fouan. « J’ t’armarcie, qu’alle li dit, t’es in brafe, et si j’ peux t’ rinde service in jour, cha s’ro aveuc plaisi ! »

Ech’l’arnard, i aouait bien essayé d’ décharter in pèwe chelle muterne, mais cha n’aouait pont durèïe longtemps.

Pindant ch’ temps lèowe, chelle garnoule et pis ch’ fouan, is s’aouatent artrouvèïes tout près d’èch’ flot, in passant par tous ches galeries qu’èch’ fouan i intretenouait aveuc graméint d’ souon.ye. Chelle garnoule, alle li dit : « Bon, té vos bién m’escuser deux minutes, mais faut qu’ je m’ lave in pèwe, j’ sus plon.ne èd’ terre ! » Et alle saute dins ch’ flot.

Ech’l’arnard, in’n’ s’aouait pont découragé pour autant et i arêtouait arvénu à ch’ flot ; et quoué qu’i vouait ? Ech’ fouan qui s’ faijouait bizir à sin tour au bord d’èl’ièowe.

Rénom des noms, qui s’ dit ch’l’arnard, in fouan, cha n’ sait pont nager et j’ vos l’ coincer au bord d’èch’ flot. Et in effet, ch’ fouan i s’artreuve bétot coincèïe intre ch’l’arnard et pis ch’ flot.

Queuméint faire pour s’in sortir ? qui s’ dit ch’fouan.

Et i intéind crier darrière li : « Saute sus mi, camarate ! Saute vite ! »

Ech’ fouan, i n’in fait ni une ni dèwe, et i saute sus l’ dos d’ chelle garnoule qu’alle l’amène vite fait sus in.ne feule èd’ nénuphar èdu qu’is peutent é-tous les dèwe s’ mette in sécuritèïe.

Et lèowe, is s’ mettent à s’ foute d’èch’ l’arnard, in li faijant des pieds d’ nez et in riant comme deux bochus…

Ech’ l’arnard, ès’ quèwe intre ses pattes èd’ derrière, ès’ tête abachée, i s’o rin allèïe à s’ tanière, in jurant les mille Diux !    

Moralitèïe : Dins la vie, faut toudis assister sin voésin.ye, pache qu’in jour ou l’aute, on peut aouoir b’zon d’ li, et pus vite qu’on n’n’ pinse.

 

Version française :

Le renard, la grenouille et la taupe.

Un jour, par un beau jour de printemps alors qu’il faisait déjà beau et que le soleil venait juste de se réveiller entre deux petits nuages qui se demandaient d’ailleurs ce qu’ils faisaient là parce qu’ils n’étaient que deux dans le ciel bleu, un renard était sorti de sa tanière pour chercher à manger.

Cela faisait plusieurs jours que son estomac se plaignait bruyamment et sans cesse parce qu’il n’avait rien trouvé à se mettre entre les deux mâchoires. Même pas une petite limace (parce qu’un renard ça doit peut-être manger des limaces quand ça n’a rien d’autre à manger !).

Le renard baille une fois à se décrocher les mâchoires, il s’étire les deux pattes de devant puis les deux pattes de derrière, il met son chapeau de soleil et s’en va tout en sifflant une chanson de Carlos qui s’appelait « Je préfère manger à la cantine… » Entre nous, ce n’est pas très malin de chanter une chanson pareille étant donné que ça doit lui faire tirer encore plus son estomac. Mais, enfin…

Le renard renifle de tous les côtés pour chercher un lièvre, un lapin ou bien un oiseau crevé même, mais rien à faire ! Il n’y avait dans son secteur rien à manger !

Je ne peux quand même pas m’en aller de la région qu’il se dit en lui-même, étant donné que ça fait plus de cinq générations de renard qui sommes installées dans le même coin. Mais quand on a bien faim, on peut déroger in peu, n’est-ce pas ?

Aussitôt pensé, aussitôt fait : le renard se trouve à plus de quinze kilomètres de sa tanière et que voit-il devant lui au bord d’une mare ? Une petite grenouille verte qui se faisait bronzer le ventre au soleil. Bon sang de bon sang, voilà notre renard dont la langue commence à pendre et dont la salive remplit la bouche, tout énervé.

Après tout, se dit-il, une grenouille ça ne doit pas être mauvais à manger vu que les hommes en mangent bien avec de l’ail et puis du persil…

Mais encore fallait-il employer la bonne tactique parce qu’une grenouille ça saute dans l’eau et un renard ça n’aime pas du tout se mouiller. Il s’avance sur la bête « à ressorts » en rasant le plus possible l’herbe et d’un seul coup, il lui saute dessus…

La grenouille se retourne d’un bond sur ses pattes et se sauve à travers les pâtures, en sautant, une fois à droite, une fois à gauche, pour fatiguer son adversaire… Mais c’est qu’un renard ça court vite et que la grenouille se sentait bientôt rattrapée. Elle se met à crier : « Au secours ! Au secours ! »

A ce moment-là, une taupe, toute noire (c’était une Africaine) qui passait justement son nez en haut de sa taupinière, aperçoit le drame, n’est-ce pas ?

Elle l’appelle tout de suite : « Viens par ici, viens te cacher dans ma taupinière ! Là, il ne pourra pas t’attraper ! » La grenouille s’enfourne dans la taupinière et elle rentre dans les galeries avec la taupe. « Je te remercie, qu’elle lui dit, tu es une brave et si je peux te rendre service un jour, ça sera avec plaisir ! »

Le renard avait bien essayé de gratter un peu la taupinière mais cela n’avait pas duré longtemps.

Pendant ce temps-là, la grenouille et puis la taupe s’étaient retrouvées près de la mare en passant par toutes les galeries que la taupe entretenait avec beaucoup de soin. La grenouille lui dit : « Bon, tu vas bien m’excuser deux minutes mais faut que je me lave un peu, je suis pleine de terre ! » Et elle saute dans la mare.

Le renard ne s’était pas découragé pour autant et il était à nouveau revenu près de la mare ; et que voit-il ? La taupe qui se faisait bronzer à son tour au bord de l’eau.

Sacré nom des noms, se dit le renard, une taupe ça ne sait pas nager et je vais la coincer au bord de la mare. Et en effet, la taupe se retrouve presque coincée entre le renard et puis la mare.

Comment faire pour s’en sortir ? se dit la taupe.

Et elle entend crier derrière elle : « Saute sur moi, camarade ! Saute vite ! »

La taupe n’en fait, ni une ni deux, et elle saute sur le dos de la grenouille qui l’amène vite sur une feuille de nénuphar où elles peuvent se mettre toutes les deux en sécurité.

Et là, elles ne se gênent nullement de se moquer du renard en lui faisant des pieds de nez et en riant comme deux bossues…

Le renard, sa queue entre les pattes de derrière, la tête baissée, est reparti dans sa tanière en jurant et jurant.

Moralité : Dans la vie, il faut toujours aider son voisin parce qu’un jour ou l’autre, on peut avoir besoin de lui, et plus vite qu’on ne pense !

      

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